Deux élus UDC, Thomas Aeschi et Michael Graber, ont cherché à forcer un barrage de police dans l’enceinte du Palais Fédéral suisse, lors de la visite du président du Parlement ukrainien Rouslan Stefantschouk. Leur argument ? Ils voulaient aller travailler, et le cordon de sécurité de police les en empêchait. Leur solution ? Franchir le cordon de sécurité et agresser les policiers. Le fait que non loin de là, un autre escalier leur permettait d’accéder à leur espace de travail leur a sans doute échappé, malgré leur longue carrière au Palais Fédéral dont ils devraient connaître les divers accès. Bel exemple de démocratie appliquée… On se demande si ces deux tristes politiciens se seraient souvenus de l’existence d’un autre passage vers leur lieu de travail si l’invité s’était appellé Marine Le Pen, ou Viktor Orban ? Mais peut-être seraient-ils restés figés dans un garde-à-vous respectueux et admiratif ?
Il est difficile de croire que ces deux hurluberlus n’aient pas agi en toute connaissance de cause, pour provoquer, faire le buzz’, dénoncer une visite qu’ils n’approuvaient pas, et que Poutine (pure coïncidence, évidemment) n’approuve guère non plus. Ils sont considérés comme intelligents, donc, peu susceptibles de céder à une impulsion irraisonnée; agresser un membre de l’autorité dans l’exercice de ses fonctions, quelles que soient les circonstances, est un délit, et un acte antidémocratique fort. Les démocraties ont des outils pour dénoncer les abus de pouvoir, et ce sont ces outils qui doivent être utilisés pour dénoncer des cas problématiques. Si ces outils s’avèrent insuffisants, les démocraties permettent de réviser les instruments utilisés, et de redéfinir les règles. C’est vrai, M. Aeschi (incidemment président du groupe parlementaire à l’Assemblée Fédérale), que c’est moins rapide qu’un coup de poing dans la gueule; mais j’ai la faiblesse de croire que c’est moins inélégant.
Le comble de l’inélégance, c’est la réaction du conseiller fédéral UDC Rösti, qui donne raison à ces fauteurs de troubles, alors que comme représentant le plus haut placé de l’autorité fédérale, la plus élémentaire correction me semblerait consister en un devoir de réserve, ou mieux, dans la défense des policiers chargés de mission qui se font agresser physiquement dans l’exercice de leur fonction. Je peux comprendre et admettre qu’il veuille défendre son parti; mais selon la constitution helvétique, il n’est plus en position partisane: il n’est donc pas censé prendre position dans cette lamentable affaire. Mieux, il est censé défendre les institutions, et les fonctionnaires de police sont une partie essentielle de ces institutions, qu’on les apprécie ou non.
En réalité, cette affaire croquignolesque constitue un épisode supplémentaire dans la longue liste de provocations de l’extrême-droite en Europe et dans le monde; c’est une petite provocation, car l’UDC suisse extrémiste est constituée de petites gens; mais cela reste une provocation dans la logique extrémiste et anti-démocratique des mouvements de ce même bord. Le pire, c’est que cela fonctionne ! En France, Jordan Bordello se voit déjà Premier Ministre, et Marine le Pénis pose son cul sur le fauteuil de Présidente pour 2027. En Europe, même si la social-démocratie demeure aux commandes, les extrémistes ont gagné beaucoup de terrain; l’arme préférée reste la provocation, arme qu’ont peaufiné Berlusconi d’abord, et Trump ensuite. Même en Suisse, des mouvements néo-nazis comme « Junge Tat » trouvent des sympathisants plus nombreux qu’on ne le pense, souvent d’ailleurs dans les rangs de cette même UDC.
Trump a inauguré de manière spectaculaire ce genre de provocation en incitant ses « supporters » à attaquer le Capitole; Il a ensuite été imité, de manière moins organisée il est vrai, par Bolsonaro; et c’est vrai que MM Aeschi et Graber ont fait beaucoup moins fort au Palais Fédéral; chacun fait selon ses moyens, l’important, c’est la solidarité, n’est-ce pas ?