Rhétorique nucléaire

Le président de la Russie, Vladimir Poutine agite de plus en plus souvent la menace à peine voilée de l’utilisation d’armes nucléaires tactiques dans le conflit ukrainien; si l’on songe aux conséquences d’une telle utilisation, on ne peut raisonnablement pas croire qu’il osera une telle escalade; la question qui se pose est plutôt : jusqu’à quel point le gouvernement russe est-il encore raisonnable ?

Selon de nombreuses études et simulations, résumées brutalement ici, une guerre nucléaire constituerait la fin de la civilisation telle que nous la connaissons, avec l’apparition d’un hiver nucléaire qui réduirait drastiquement les ressources alimentaires de la planète, de l’ensemble de la planète, et ceci de manière si durable que le plus cinglé des survivalistes ne pourra survivre à son stock de boîtes de conserves. Une conflagration nucléaire entre Russie et Etats-Unis détruirait les deux pays, mais les effets secondaires seraient tels que plus de la moitié de l’Humanité périrait à très brève échéance; et que le sort de l’autre moitié ne serait guère enviable, pas plus d’ailleurs que le sort de la faune et de la végétation.

Si la Russie utilise des armes nucléaires tactiques, l’OTAN sera contrainte de répliquer, peut-être pas de manière nucléaire, mais activement, ce qui risque de provoquer l’escalade de la part du paranoïaque tsar de Moscou, donc pousser l’OTAN vers l’utilisation de l’arme nucléaire; Poutine a littéralement le sort de l’Humanité dans ses mains. Comment a-t-on pu en arriver à un stade où un paranoïaque a le pouvoir de détruire la civilisation ainsi qu’une part très significative de la vie sur notre planète ?

Bien que Poutine assure qu’il n’utilisera l’arme nucléaire qu’en dernier ressort, comment le croire, alors que son discours est presque aussi truffé de contre-vérités que celui de son complice et admirateur Donald Trump ? (« Poutine, il conduit son pays, au moins c’est un dirigeant, contrairement à ce que nous avons dans notre pays” (citation de Donald Trump)). Comment croire que ce gouvernement dont certains membres appellent ouvertement à l’utilisation de l’arme nucléaire, comment croire que ce ramassis de nostalgiques de l’URSS de Staline aura l’intelligence élémentaire de s’arrêter à temps ? Le dirigeant chinois, Xi Jinping joue un jeu non moins dangereux en encourageant discrètement la Russie pour obtenir des coudées plus franches en mer de Chine et autour de Taïwan. Les Etats-Unis sont empêtrés dans une situation compliquée, entre le conflit du Proche Orient où Biden ne sait pas jusqu’à quel point il pourra soutenir l’Israël de Netanyahou sans se faire trop d’ennemis intérieurs en vue des élections, et ces mêmes élections où la menace de Trump est bien réelle, (malgré sa culpabilité prononcée) et où sa non-élection ne clorait pas forcément le problème d’un clown avide de pouvoir qui ne reconnaîtrait pas facilement une éventuelle défaite électorale.

On se croirait ramenés aux heures les plus chaudes de la guerre froide (désolé pour ce jeu de mots au goût très moyen), quand Khrouchtchev et Kennedy jouaient à qui pisse le plus loin avec des missiles nucléaires à Cuba. C’était en 1962, et Khrouchtchev avait eu au dernier moment la sagesse de renoncer à l’affrontement. Mais Poutine aura-t-il ce réflexe salvateur pour l’Humanité ? Si cet autocrate se sent menacé de défaite, on peut en douter; si la phrase « Après moi le déluge » n’est pas de Poutine (elle est de Louis XV, inspirée par Mme de Pompadour), elle semble pourtant lui convenir parfaitement. Et dans l’hypothèse où Poutine parvient à annexer l’Ukraine, ou à en faire un vassal obéissant, comment croire qu’il s’arrêtera là, alors qu’il est ouvertement encouragé à poursuivre ?

En face, il y aura un gouvernement présidé par un vieillard; soit un Biden à l’orée de la sénilité, soit un Trump presqu’aussi âgé mais à l’esprit complètement dérangé, et de surcroît menteur et mégalomane; comme arbitre, un Xi Jinping retors qui se croit revenu au temps de l’Empire chinois, et que seuls les dollars ramenés par l’exportation en Occident de produits manufacturés en Chine retiennent encore d’engager un conflit en mer de Chine. Quant à l’Europe, minée par les montées en puissance des extrémistes de tout poil, il est douteux qu’elle parvienne à jouer un rôle de médiation valable; et ce ne sont pas des conférences au Bürgenstock, où l’on n’a pas pu inviter certains des principaux protagonistes, dont le pays agresseur, qui permettent d’être optimistes quant à la suite des évènements.

Comme le disait mon voisin, paysan de son état : « On va pas vers le beau ». Mais lui parlait de la météo. Un problème tout aussi actuel, avec des conséquences potentielles similaires.

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