Archives par mot-clé : poutine

Un tintébin pour la démocratie

Le tintébin est l’appellation que donnent les Suisses Romands au déambulateur, vous savez, ce youpala pour personnes âgées :

Les actualités me donnent à penser que les démocraties sont de plus en vacillantes, comme si elles étaient usées, comme si elles avaient trop servi.

En cette fin de mois d’août s’est déroulé aux Etats-Unis un scénario impensable dans une démocratie occidentale. Donald J. Trump, inculpé pour divers motifs, et toujours candidat à l’investiture par le parti républicain, ne s’est même pas présenté aux débats préliminaires entre les potentiels candidats de son propre parti; un affront à la procédure démocratique qui devait permettre le choix du candidat le plus représentatif du parti. Mieux, il a organisé à la même heure une interview sur X (oui, ex-Twitter, quel nom stupide que ce X !) pour tenter de discréditer ses opposants potentiels, et occulter le débat entre ses collègues de parti. Non content d’avaler ces couleuvres, le parti républicain continue de soutenir majoritairement ce triste individu qui se moque de ses propres supporters. Et il y a de sinistres crétins qui votent encore pour ce clown malfaisant ! Il paraît de plus en plus probable qu’il obtiendra en 2024 l’investiture du parti sur lequel il crache avec mépris et application; et il se présenterait alors contre un Joe Biden plein de bonne volonté, mais tout de même au seuil de la sénilité ! Il ne serait guère difficile à Trump de discréditer Biden à coups d’affirmations fantaisistes qu’il a depuis longtemps renoncé à étayer, et dans ce cas, je crains très fort pour la démocratie aux Etats-Unis. Au vu du respect affiché par le chimpanzé hypertrophié pour le processus démocratique, il semble probable qu’il cherchera par tous les moyens à pérenniser son règne, comme Poutine et Xi l’ont fait avant lui. Heureusement qu’il a plus de 77 ans d’âge : il y a un espoir qu’Alzheimer ou une fracture du col du fémur ait raison du bonhomme dans un avenir pas trop éloigné, parce qu’on peut douter de l’efficacité de la justice en l’occurrence.

Vladimir Vladimirovitch Poutine est quant à lui accusé d’un nombre de moins en moins respectable de crimes contre l’humanité, mais actuellement personne ne songe à aller le chercher en Russie pour l’assigner à comparution devant un tribunal quelconque, fût-ce la Cour Internationale de Justice. C’est par ailleurs le dirigeant d’un gouvernement voyou, qui ne respecte aucun engagement et ne tient aucun compte des promesses qu’il a pu faire, à preuve les diverses agressions en Tchétchénie, en Géorgie ou en Ukraine, sans entrer dans les petits détails que constituent les nombreuses opérations paramilitaires en Afrique, ou la cyberguerre de déstabilisation (qui a tout de même permis l’élection de Trump aux Etats-Unis !) menée depuis plusieurs décennies à l’encontre des pays occidentaux. Au moins ne se réclame-t-il pas d’une quelconque légitimité démocratique puisqu’il est un dictateur assumé ! Dans nos démocraties (enfin, la plupart), un représentant de l’ordre qui abuse de la contrainte violente à l’égard d’un prévenu est en général plus ou moins rapidement traduit devant un tribunal, et c’est une bonne chose. Mais un assassin multirécidiviste comme le dictateur de la Fédération de Russie qui liquide ses adversaires politiques comme bon lui semble, en murmurant de cyniques condoléances devant une télévision qui lui est acquise n’a pas à rendre de comptes. De manière plus générale, le simple fait de disposer d’une force de dissuasion nucléaire garantit l’impunité à l’Etat voyou et ses dirigeants.

On pourrait aussi parler de Xi, de Kim, d’Erdogan, des talibans, des mollahs, ou deTchiani, putschiste au Niger; on pourrait même citer Orban ou Loukachenko, la liste est longue, bien trop longue ! Les partis d’extrême-droite, un peu partout, rêvent d’hommes (rarement de femmes, encore qu’en Italie…) forts et de gouvernements à poigne; les culs-bénis déplorent le laxisme des autorités face aux mœurs dissolues, à la mouvance LGBT perçue comme une maladie sociale. Même en Suisse, des opinions bien-pensantes proches de l’UDC ne craignent plus de proposer des restrictions aux droits pourtant chèrement acquis de l’individu, comme l’accès à l’interruption volontaire de grossesse pour les femmes.

Face à de telles crapules, glorifiant de manière éhontée le mensonge. l’assassinat et l’irrespect des lois, et ceci apparemment en toute impunité, comment persuader notre jeunesse de la nécessité qu’il y a de respecter les lois et la démocratie ? Les ordures que sont Poutine et Trump sont multi milliardaires; par contraste, un Macron n’est certes pas pauvre, mais quels ennuis on lui fait ! Quant au salaire d’un Conseiller Fédéral, cela permet certes de s’offrir des vacances sympa, mais pas trop ostentatoires tout de même: la villa à Mar-a-Lago ou sur les bords de la Mer Noire ne sont pas tout à fait dans le budget. Quel paraît être le modèle le plus intéressant ?

Il faudrait pouvoir réformer l’Organisation des Nations Unies de manière à ce qu’elle dispose d’un pouvoir d’intervention plus élevé. Mais qui va opérer cette réforme ? Certainement pas l’ONU elle-même, bridée par le droit de veto que se sont arrogé les vainqueurs de la Guerre en 1945, en oubliant de prévoir des renégociations de statut périodiques. Réformer l’ONU ? Poutine ne le permettrait pas, le statut actuel lui est par trop favorable !

Les démocraties traditionnelles ont du travail en perspective pour se rendre à nouveau crédibles; dans l’intervalle, un soutien extérieur pour leur assurer un minimum d’équilibre serait le bienvenu; mais encore faut-il trouver le tintébin adéquat…

Conte russe

Evgueni Poderenkov était dans sa chambre d’hôtel à Moscou, pas très loin du Kremlin, en train de s’allumer une dernière cigarette avant de dormir. Il craqua une allumette pour ce faire, et apprécia la première bouffée de fumée. Sa cigarette terminée, il alla se coucher. Il ne remarqua pas que l’allumette avait projeté une particule incandescente sur le tapis, et que celui-ci commençait doucement à brûler, comme un simple rougeoiement tout d’abord, qui s’étendit lentement jusqu’à former une tache. Au milieu de la nuit, un courant d’air attisa la flamme, et le rougeoiment devint une flamme qui ne parvint pourtant pas à réveiller Evgueni Poderenkov. Ce ne fut que lorsque la braise se fut muée en véritable feu que Evgueni Poderenkov fut tiré de son sommeil, suffoquant du fait de la fumée. Il tenta maladroitement d’éteindre le sinistre, mais devant l’inanité de ses efforts, il sortit de sa chambre en pyjama et donna l’alarme dans l’hôtel.

Le personnel mit quelque temps à réagir, laissant ainsi au tapis en flammes l’opportunité de devenir incendie. Un incendie suffisamment important pour que les modestes extincteurs du personnel de l’hôtel, enfin réveillés, s’avèrent inefficaces, Le feu se propagea rapidement dans les étages dépourvus de protections pare-feu. Les pompiers, avertis trop tard, arrivèrent quand l’hôtel était déjà en flammes; ils ne purent qu’essayer de protéger les bâtiments avoisinants contre la propagation du brasier.

Ils ne furent en revanche pas en mesure d’empêcher le feu de se propager aux conduites de gaz du quartier; les conduites n’étaient pas de la première jeunesse, et les vannes de sécurité destinées à éviter la propagation du feu dans le circuit d’alimentation n’étaient pas toutes entièrement fonctionnelles. De plus, de nombreux établissements avaient, à l’époque des restrictions d’énergie après la chute de l’URSS, constitué des réserves de gaz clandestines dans des réservoirs moyennement sécurisés, si bien que les conséquences s’avérèrent désastreuses. Le quartier tout entier explosa, et le nuage de poussière fut visible loin à la ronde, arborant une forme de champignon bien connue et redoutée.

Le commandant en chef des armées était exceptionnellement à Moscou cette nuit-là, où il avait passé la soirée en compagnie du ministre de la Défense pour une soirée de travail qui s’était prolongée tard dans la nuit, et avait nécessité beaucoup de vodka pour soutenir la réflexion. Le commandant avait, en guise d’expérience du combat, le souvenir de films d’archives à la gloire de l’armée rouge lors de la Deuxième Guerre Mondiale, ainsi qu’une connaissance approfondie du contenu des réserves du bar servant de mess aux officiers supérieurs supervisant l’opération militaire spéciale en Ukraine. Le serviteur de l’Etat quant à lui, avait trouvé son portefeuille de ministre dans le slip de sa jeune sœur qu’il avait présenté à un moment opportun au président de la Sainte Russie. Ils étaient dans un hôtel en bordure de la zone de déflagration, et leurs compétences réunies permirent aux deux personnages de conclure à une attaque ennemie; alors que le commandant penchait pour une attaque venant d’Ukraine, le ministre penchait plutôt pour une attaque venant de l’OTAN, vu le caractère sans doute nucléaire d’un missile capable d’occasionner une telle déflagration. Comme ni l’un ni l’autre n’avaient jamais assisté à l’explosion d’une bombe atomique (sauf dans des films d’archives ennuyeux et mal filmés, souvent même en noir et blanc), et n’avait que rarement assisté à l’explosion d’une bombe conventionnelle (même s’ils étaient à l’origine de nombre d’explosions de ce genre, mais c’était sur les têtes de civils de la partie adverse, alors c’est moins grave, n’est-ce pas ?), être soudain confronté à une grosse explosion leur faisait songer spontanément au pire. D’autant que les miasmes de la vodka de la soirée précédente ne tendaient pas à améliorer les capacités de discernement de ces deux hauts fonctionnaires. Les offices chargés de la défense n’avaient rien vu venir, et les rapports de police faisant état d’un incendie suivi d’une explosion de gaz furent balayés (les flics sont notoirement incompétents, c’est bien connu), et on avertit finalement le chef de l’Etat d’une probable attaque (peut-être nucléaire) de la Mère Patrie par les troupes de l’OTAN. Le président, en repos dans sa modeste datcha au bord de la Mer Noire, après avoir longuement écouté les explications de ses deux hauts fonctionnaires, décida de rentrer immédiatement à Moscou, et donna l’ordre, au moyen d’une procédure simplifiée qu’il avait lui-même mise sur pied aux débuts de l’opération militaire spéciale, de lancer deux missiles tactiques à ogive nucléaire sur Kiev et sur la base de l’OTAN la plus proche, en Pologne. Il précéda ces tirs d’une annonce sur la télévision d’Etat, mais ne prit pas contact avec les forces armées adverses, puisque ces dernières avaient selon toute probabilité utilisé l’arme nucléaire sans avertissement préalable, au mépris des conventions. Conventions qui par ailleurs étaient commodes quand elles pouvaient servir vos propres arguments, mais sources d’ennuis (et donc à balayer) en toute autre circonstance.

C’est ainsi que la Russie entra en guerre nucléaire avec l’OTAN. Dans la foulée, la Corée du Nord déclara la guerre à la Corée du Sud et aux Etats-Unis, et la Chine fut contrainte de suivre le mouvement. La pollution générée par cette conflagration mondiale fit probablement davantage de morts que les explosions atomiques elles-mêmes, en dépit de la brièveté du conflit proprement dit. La planète Terre expérimenta un hiver nucléaire qui allait durer suffisamment longtemps pour que la civilisation ne soit plus jamais ce qu’elle avait été avant que Evgueni Poderenkov n’allume sa cigarette dans cet hôtel au centre de Moscou.

Moralité :


Ce conte est fortement inspiré d’une chanson de Mani Matter, « I han es Zündhölzli azündt« . Mani Matter est un chanteur, auteur et compositeur bernois très célèbre décédé en 1972, assez peu connu dans les pays francophones en raison de sa volonté de s’exprimer en dialecte bernois (Bärndutsch). Stephan Eicher a repris une chanson de son répertoire (« Hemmige« ) pour lui rendre un hommage mille fois mérité.


Les salauds vont-ils en enfer ?

Les dictateurs et les ploutocrates en tous genres ont toujours été nombreux, mais ces dernières années, ils semblent avoir gagné en puissance et en présence, au moins médiatique. Ceci tend à poser une fois de plus la question de savoir s’il y a une punition pour les actes criminels de ces dirigeants. On emprisonne, avec raison me semble-t-il, à perpétuité (incompressible) Salah Abdeslam pour sa participation aux attentats du 13 novembre 2015 (dits du Bataclan) qui ont fait 130 morts en région parisienne. Mais les dictateurs qui se rendent responsables ou à tout le moins complices de dizaines ou de centaines de milliers de morts risquent ils une punition similaire ? Peu probable: on voit mal Bachar al-Assad ou Xi Jinping comparaître devant un tribunal, sauf changement radical (le terme est probablement mal choisi dans le contexte politique suisse) de régime gouvernemental dans leurs pays respectifs.

La dichotomie évidente entre la justice appliquée aux simples citoyens que nous sommes et celle appliquée aux dirigeants de tout poil interpelle. « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » écrivait déjà La Fontaine au dix-septième siècle, dans les Animaux malades de la Peste.

La Justice est une institution dont l’invention se perd dans la nuit des temps; en principe, son but était de régler les litiges entre citoyens de manière aussi équitable que possible, et sans les motivations passionnelles que peut inspirer la notion de vengeance ou de haine. Souvent exercée par l’autorité en place (le Roi Salomon dans son palais, ou Saint Louis sous son chêne), on peut légitimement douter de l’impartialité des condamnations prononcées par des potentats souvent juge et partie. La Grèce antique avait fait mieux en instaurant l’Héliée, sorte de tribunal du peuple qui siégeait sur l’agora d’Athènes. La république romaine disposait de structures similaires, mais mieux hiérarchisées. Mais toutes les structures que l’on peut imaginer restent contrôlées par des humains faillibles et corruptibles, avec leur opinions et leur propre notion de ce qui est « juste ». Il n’est que de voir les dérives rétrogrades actuelles de la Cour Suprême des Etats-Unis pour s’en persuader, encore que certains politiciens suisses qualifieraient ces décisions différemment.

Dans le cas de dirigeants politiques, il peut être très compliqué d’amener un dictateur devant un tribunal, aussi impartial soit ce dernier. Si le procès de Nuremberg a pu condamner nombre de hauts dirigeants du IIIème Reich (un procès dirigé par les vainqueurs de la guerre, donc pas vraiment impartial), que Saddam Hussein a été jugé et condamné, et que Ratko Mladic, le boucher des Balkans a pu être jugé par le tribunal pénal international, combien de dictateurs sanguinaires ont évité la justice, soit par leur mort (souvent violente, comme pour Hitler, Kadhafi ou Ceaucescu), soit par leur disparition des radars (par exemple ceux qui ont échappé au procès de Nuremberg à l’époque) ? Et même pour les condamnés de Nuremberg, la peine prononcée (fût-ce la mort) peut-elle être proportionnée à l’enfer vécu par les prisonniers de Bergen-Belsen, d’Auschwitz ou de Dachau ? Et que dire des Staline (peut-être empoisonné ) ou Mao (probablement responsable de plus de morts que la Seconde Guerre Mondiale) et tant d’autres, jamais jugé, et parfois vénérés en dépit de leurs crimes contre l’humanité ?

Espérer voir Poutine en personne devant un tribunal risque de s’avérer très compliqué… D’autant que de la part du dictateur russe, le pire risque d’être encore à venir, comme il le dit lui-même ! Bon, ceci dit, il est vrai que Poutine dit tellement de mensonges qu’il devient difficile de le prendre au sérieux.

Il y a donc probablement peu de chances que nos grands méchants actuels finissent un jour devant un tribunal et n’aient à répondre de leurs crimes, n’en déplaise à Madame del Ponte. Pas de justice pour les grands criminels; ou en tous cas moins que pour les plus modestes criminels de droit commun que nous connaissons. Les Poutine et autres ont de bonnes chances de finir leurs jours bronzés sur la terrasse de leur datcha. Tant pis pour le justice des hommes…

Bien sûr, il y a la Justice de Dieu, dans la mesure où l’on y croit, bien sûr.

Les religions ont de tous temps fondé leur « enseignement » sur l’existence d’un lieu infiniment bienheureux et d’un autre infiniment maléfique (le paradis et l’enfer) ou les bons et les mauvais seront dispatchés à leur décès, selon leurs mérites ou leurs péchés (et selon ce que l’on considère comme mérite ou péché, bien sûr !). Ceci a permis de maintenir une partie significative de la population en quasi esclavage dans l’espoir d’une « existence » meilleure après la mort, sous réserve de bonne conduite, définie par un dogme arbitraire,. De plus, le petit peuple maintenu dans l’ignorance ne se posait pas trop la question de savoir à quoi pouvait bien ressembler une existence éternelle bienheureuse, du moment que c’était « mieux » que ce que l’on leur faisait subir. Les Musulmans avaient bien imaginé un « paradis d’Allah » où l’on promet 72 vierges aux combattants du djihad (au fait, comment une femme peut-elle se proclamer musulmane dans ces conditions ?). Les djihadistes ont exploité ce filon en promettant le paradis d’Allah à ceux qui s’engageaient dans les troupes combattantes de l’Etat Islamique. Soit dit entre parenthèses, l’éternité, ça doit être long, et 72 devient un nombre assez modeste du coup, surtout si on tient compte cyniquement du fait qu’une vierge ne peut « servir » qu’une fois. Ceux qui se sont laissé tenter par cette promesse ne sont pas très malins de s’être laissé ainsi berner, en fait. Tant qu’à jouer dans la muflerie la plus sordide, autant le faire jusqu’au bout !

Inversement, les mauvais, les mécréants, les méchants allaient éternellement griller dans les tourments éternels des flammes de l’enfer. On devrait pouvoir en conclure que Poutine ira griller en enfer. Avec Xi, Loukachenko, Erdogan, et tant d’autres… Encore que le patriarche orthodoxe de Moscou et de toutes les Russies Kirill (habitué de la Suisse, d’ailleurs !) verrait plutôt Poutine au paradis avec tout plein de roubles à disposition, lui qui, milliardaire, ne cesse d’encenser le dictateur pour son invasion de l’Ukraine, au nom de Dieu et de toutes les Russies. Quand le patriarche dépositaire de la Foi Chrétienne est lui-même un oligarque corrompu…

Ce matin, le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine a prononcé un discours martial dans lequel il décrète une mobilisation partielle, sous prétexte que la Sainte Russie est en danger, menacée de destruction par les puissances occidentales. Il essaie ainsi d’arrêter l’avancée des troupes ukrainiennes, mais il justifie aussi implicitement le recours à toute arme qu’il jugera bon d’engager pour la sauvegarde du pays. Au vu de l’arsenal (certes vieillissant, mais tout de même) nucléaire dont dispose l’ex-URSS, on peut se faire quelque souci…

Les salauds ne vont pas en Enfer. En tous cas pas dans cette existence. Après…

Le clown et le dictateur

J’avais une dizaine d’années quand j’assistai à mon premier spectacle de cirque, et que je découvris pour la première fois un clown. C’était lors d’une représentation du Cirque National Knie, qui faisait halte dans le Chablais Vaudois, place des Glariers à Aigle. Le clown ne me fit pas vraiment rire, pour autant que je me souvienne : il me paraissait plutôt inquiétant. Il fallut plusieurs années pour que je comprenne qu’il existe différents clowns, qu’ils peuvent être drôles, tristes, voire maléfiques ou inquiétants. Et que le déguisement ne fait pas le clown : le plus grand clown que j’aie jamais admiré ne se déguisait pratiquement jamais : c’était Raymond Devos, empereur de l’absurde; il a trop rarement été approché par Coluche, prince de la dérision. J’ai aussi appris à faire la différence entre le clown et l’humoriste, même si les deux rôles peuvent à l’occasion être incarnés par une même personne.

A l’époque, on ne parlait pas trop d’histoire aux très jeunes, si ce n’est l’histoire suisse, le serment des Waldstaetten, le Morgarten et tout ce genre de choses. J’appris les exactions du régime nazi un peu sur le tas (il n’y avait pas Internet, à l’époque ; Sergey Brin n’était pas encore né pour développer Google !), sans vraiment parvenir à imaginer la personnalité des protagonistes de cette immense tragédie que constitua le Seconde Guerre Mondiale. La première fois que j’ai réellement perçu l’énormité de ce que peut être un dictateur, c’est à l’occasion de la retransmission d’un vieux film de 1940 à la télévision. « The Great Dictator« , de Charlie Chaplin, me bouleversa profondément et changea durablement certaines de mes conceptions de la société mondiale. D’ailleurs, quand il m’arrive de revoir ce monument du cinéma, je reste effaré par son incroyable actualité. Prenez l’immortelle scène du globe, et mettez aujourd’hui Poutine à la place de Hynkel : il vous sera difficile de réprimer des frissons d’angoisse. Le personnage d’Adenoid Hynkel n’est pourtant pas qu’inquiétant : son discours initial (en un langage incompréhensible, mais remarquablement semblable à des discours d’Adolf Hitler) est comique, drôle même. Ses confrontations avec son homologue transalpin Napoloni sont clownesques. Voilà, le mot est lâché, la dualité entre un dictateur et un clown est illustrée par Chaplin.

Ce film m’incita à m’intéresser à Adolf Hitler et au troisième Reich, ainsi qu’à la seconde guerre mondiale. Si vous faites l’effort d’étudier le personnage au-delà de ses caractéristiques fascistes et profondément malveillantes, le caractère clownesque du personnage ne vous échappera pas, encore qu’il puisse paraître plus évident chez Benito Mussolini qui avait servi de modèle pour le personnage de Napoloni dans le film de Chaplin. Je manque d’images d’archives de Napoléon Bonaparte, mais certains des récits se rapportant au personnage semblent également laisser paraître un côté clownesque. Khadafi et sa tente plantée dans le parc Marigny à Paris ou ses réceptions de dirigeants du monde assis sur un tracteur n’est pas en reste, et il a fait de nombreux émules depuis, quoique peut-être un peu moins extravagants.

La bande dessinée a aussi produit quelques chefs d’œuvre dans le genre, comme par exemple « Le dictateur et le champignon » du génial André Franquin (probablement inspiré de Chaplin d’ailleurs) ; le côté clownesque et gaffeur du dictateur de la Palombie, Zantafio, ramène aux discours de dictateurs sud-américains comme Pinochet ou Fidel Castro. La scène du discours belliqueux que tout le monde acclame (motivés par des barbouzes armés) mais que personne ne comprend parce que les micros n’ont pas été branchés vaut également son pesant de cacahuètes ! Elle fait irrésistiblement penser aux discours fleuve de Fidel Castro auxquels tout le monde devait assister mais que personne n’entendait vraiment. Je crois que je ne peux actuellement pas m’empêcher de considérer un dictateur comme une espèce de clown malfaisant. Ridicule, irrationnel, grotesque et insensé. Le pompon est probablement détenu par Kim Jong Un, le dictateur obèse nord-coréen qui se fait filmer sur un cheval en pleine nature sauvage et indomptable. Pauvre bête ! (Je parle du cheval)

Qu’on ne s’y trompe pas : le côté clownesque n’atténue en rien le caractère dramatique et criminel de ces dictateurs : il met plutôt en évidence leur déraison et le caractère débile de leur personnalité, caractère qui pourrait être comique s’il n’était si tragique et générateur de tant de malheur et de larmes. Le clown dictateur peut faire beaucoup de mal, et il ne s’en prive généralement pas d’ailleurs.

Vladimir Poutine qui se promène torse nu, à cheval sur un ours, ou occupé à pêcher (peut-être à mains nues, je ne suis pas allé vérifier) dans une rivière est aussi clownesque que le discours inaudible de Zantafio ou le combat de hauteur de fauteuils entre Hynkel et Napoloni. Ses parties de hockey sur glace où le gardien adverse cherche désespérément à manquer le puck quand le président adresse un tir timide en direction de la cage sont si ridicules que l’on se demande pourquoi elles ne sont pas censurées, à l’instar d’informations beaucoup moins compromettantes ! Ses « réunions » attablé à 6 mètres de son interlocuteur font penser à Zantafio seul, juché sur un trône au fond d’une salle si étendue que ses interlocuteurs mettent plusieurs minutes à la traverser.

Le conflit qui oppose l’Ukraine et la Fédération de Russie pose en antagonistes Volodymyr Zelensky, un ancien clown devenu chef d’Etat, et Vladimir Poutine, un dictateur qui s’avère être aussi un clown que le ridicule n’a pas réussi à tuer. Je ne connais pas assez bien les deux pays incriminés pour décider de manière péremptoire qui est le « bon » et qui est le « méchant ». Par ailleurs, je me méfie énormément des jugements binaires, catégorisant un protagoniste comme définitivement mauvais et l’autre comme infiniment bon. La guerre en Irak (et ailleurs) a montré que les bonnes intentions affichées ne résistent pas au conflit armé ! Et de toutes façons, en période de guerre, les informations vraies diffusées par les combattants sont aussi rares que les promesses données et réellement tenues dans un discours électoral. Mais il est certain que brider l’information par une censure aussi sévère qu’impitoyable ne fait rien pour crédibiliser les dires d’un dirigeant, quel qu’il soit. Et à ce jeu-là, Vladimir Poutine a perdu toute la crédibilité qu’on aurait encore pu naïvement lui accorder après son inqualifiable agression.

En tous cas, si les armées de Poutine arrivent en Suisse après avoir aplati deux pays de l’OTAN en chemin, je doute que ce soit quelques F-35 alimentés au kérosène russe qui fassent la différence. Madame Viola Amherd aurait pu éviter une interpellation douteuse aux instigateurs de l’initiative contre l’achat de nouveaux avions de combat. C’était maladroit, et probablement méprisant pour les processus démocratiques suisses. Se rendre indépendant du pétrole russe pour assécher les ressources qui permettent à Poutine de maintenir son armée serait probablement plus efficace. C’est ce que l’Allemagne (et l’Europe avec elle) est en train de constater.